La 37e édition d’ARCO Madrid a démarré avec la polémique suscitée par l’œuvre Presos políticos españoles contemporáneos (Prisonniers politiques espagnols contemporains), via laquelle Santiago Sierra dénonçait l’existence de prisonniers politiques en Espagne à travers une série de photographies pixélisées de leurs visages. Une exposition dérangeante, puisque l’œuvre a été retirée le jour-même de son inauguration.

Les polémiques mises à part, il y a de nombreuses bonnes raisons d’aller visiter les pavillons de l’Ifema, à Madrid, où 208 galeries de 29 pays différents présentent une sélection de leurs œuvres du 21 au 25 février. Au cours d’une année marquée par les revendications féministes, ARCO s’inscrit dans le mouvement d’émancipation de la femme avec une édition très féminine, puisque tous les responsables de programmation sont des femmes. L’objectif d’ARCO, selon son directeur Carlos Urroz, est de « donner plus de visibilité aux excellents professionnels (organisateurs, galeristes et artistes) du monde de l’art ».

Toujours dans cette idée de mettre en lumière les femmes du secteur artistique, on assiste à l’action #estamosaquí (« nous sommes là »), lancée par l’artiste visuelle Yolanda Dominguez. 60 femmes de différents domaines artistiques se sont dispersées dans l’enceinte du parc des expositions, chacune portant sur la tête un point rouge semblable à celui de la géolocalisation Google Maps. « Les femmes représentent 60 % des étudiants des Arts et des sciences humaines, pourtant seuls 13,7 % des œuvres exposées en galeries proviennent d’artistes féminines », alerte Yolanda Dominguez qui espère faire bouger les choses avec cette action.

Quelques-unes des artistes participant à #estamosaqui. Crédit photo : @yodominguez

À l’origine créé pour révéler l’art contemporain d’Espagne et d’ailleurs non présenté dans les musées, ARCO est devenu un rendez-vous incontournable de l’agenda artistique espagnol. Ne vous laissez pas impressionner par les grands collectionneurs nationaux et internationaux et venez découvrir des œuvres parmi les plus audacieuses de notre temps.

Pays invité ? Le futur !

Dans cette édition, ARCO a troqué son traditionnel pays invité pour un thème : le futur. Derrière le slogan « Le futur ce n’est pas ce qui va se passer, mais ce que nous allons faire », les organisatrices Chus Martínez, Elise Lammer et Rosa Lleó souhaitent transformer ARCO 2018 en un « espace qui nous permette d’imaginer, de créer et de proposer une vision de la complexité qui nous attend ». Outre une sélection de galeries et d’artistes dont l’œuvre tourne autour de ce thème, un séminaire intitulé « Le futur : plus loin que la boule de cristal » est organisé. Un voyage théorique de dialogues et de conférences où des professionnels du monde de l’art et d’autres disciplines discuteront du futur sans « futurologie » et aborderont l’actualité artistique.

L’espace dédié aux expositions, conçu par Andrés Jaque, met de côté les stands pour proposer un espace fluide, plus scénique, qui invite à se plonger dans l’œuvre d’artistes tels que Salvador Dalí, Patricia Domínguez, Eva Fábregas, Ragina Giménez ou les Brésiliens OPAVIVARÁ.

Highlights ARCO 2018

  • Des artistes de différentes générations ou différents contextes géopolitiques interagissent dans les 13 galeries formant Diálogos (Dialogues). Un autre trio de femmes, María de Corral, Lorena Martínez de Corral et Catalina Lozano, est chargé de la sélection qui comprend des tandems très intéressants tels que celui de Luca Frei et Vaclav Pozarek de la galerie Barbara Wien, ou Nuno Sousa Vieira et Ana Vieira de la galerie Graça Brandao.
  • Si vous êtes attiré par l’art émergent, ne ratez pas la sélection Opening, qui regroupe les plus jeunes galeries avec des artistes débutants. Un pari sur la recherche, bien loin des centres d’intérêt habituels comme l’illustre l’artiste et mathématicien Pepe Vidal de LMNO, Marco Godoy de Copperfield ou Indrikis Gelzis de Cinnamon Galley.

  • La jeune sculptrice Joana Vasconcelos est présente à ARCO après avoir achevé une incroyable exposition de sa création à Lisbonne, puisqu’elle est devenue l’exposition artistique la plus visitée de l’histoire du Portugal. Son œuvre colorée et perturbatrice est l’un des must de l’édition.
  • Le pavillon de cristal et de miroirs de Dan Graham constitue un autre immanquable de cette édition.
  • Au cours de la visite, il est inenvisageable de manquer la galerie de Juana de Aizpuru, fondatrice d’ARCO, qui présente notamment cette année une œuvre sur le nomadisme produite par Jordi Colomer pour le pavillon espagnol de la dernière Biennale de Venise, ou l’œuvre de Cristina de Middel, Prix national de la Photographie 2017, dans une édition à faible présence d’œuvre photographique.

Performance de Jordi Colomer, Galerie Juana de Aizpuru.

  • Francisco Leiro nous montre la guerre au Moyen-Orient à ARCO. Alepo est un ensemble sculptural formé de deux colonnes, chacune d’elle étant traversée par quatre cadavres et surgissant « à la racine de toutes ces informations que nous avons vues à la télévision à propos de la ville assiégée pendant la guerre en Syrie, toutes ces ruines blanches et ces corps gisant au milieu des décombres, couverts de la poussière blanche du plâtre provenant des immeubles en effondrement », explique le sculpteur galicien au quotidien espagnol El Mundo. Une œuvre de grande dimension réalisée en bois, matière fétiche de l’artiste.

Francisco Leiro et sa sculpture Alepo. Crédit photo : Luis de las Alas.

  • Cinq jours de débats passionnants avec des experts. Dans cette édition d’ARCO, on découvrira parmi les participants des personnalités comme Jonathan Anderson ou Claudia Hakim, qui interviendront au Foro de Coleccionismo (Forum du collectionnisme), Gary Tinterow, qui prendra part au Foro Museos (Forum des musées), ou Timothy Morton, qui se joindra au séminaire sur le futur.

 

Espace de la Fondation ARCO 2018 par Estudio Alegría

Entre les nombreuses galeries, les espaces de détente sont indispensables. La salle de la Fondation ARCO est l’un de ces endroits, conçue cette année par Estudio Alegría, qui se projette également dans un futur assimilé à l’innovation. Ce « centre de l’art » flotte entre salle d’exposition et lieu de rencontre des amoureux de l’art et des collectionneurs.

Salle de la Fondation Arco, conçue par Estudio Alegría

L’intégration de la sélection d’œuvres appartenant à la Fondation au design de la salle n’a pas été un problème pour Estudio Alegría, le studio ayant l’habitude d’insérer de l’art dans tous ses projets. « Nos projets ne vont pas sans art, sans illumination ou sans matériau de prestige », explique Manuel Such. Au-delà de cette sélection, réalisée en collaboration avec la société de conseil 4D/ARTY, d’autres éléments ont été choisis avec soin : le défi de l’éclairage des œuvres, le mobilier de Roche Bobois, avec des pièces très actuelles et innovantes de conception originale et le revêtement au sol Nogal Morfeo de la collection Étude22 by Finsa, « un décor avant-gardiste et futuriste, très différent des autres sols et en accord avec cette idée de futur » indique Ignacio Alegría. Un espace où tout est pensé pour que les visiteurs profitent d’une atmosphère en harmonie avec les œuvres présentées, pour qu’ils s’en approprient le protagonisme, avec un hommage particulier à une œuvre de Daniel Steegmann.

Salle VIP ARCO 2018 by Cuarto Interior

L’exposition organise chaque année un concours pour la conception de la Salle VIP, remporté cette année par le studio madrilène Cuarto Interior. Un projet qui s’inspire de la lumière et des aurores boréales, divisé en trois espaces (zone d’entrée, Lounge bar et restaurant) où les acteurs sont les meubles de design et l’éclairage. La sculpture lumineuse au plafond est spectaculaire, elle se transforme en ciel au milieu de l’espace et se compose de 17 lames éclairées chacune par une led dynamique qui donne l’impression d’une aurore boréale.

J’achète une œuvre

Lors de l’exposition ARCO, vous pouvez repartir avec une œuvre pour seulement 1 000 euros. Les sculptures de Mónica Planes, les collages de Katjia Angeli ou les dessins de Pep Vidal se situent dans cette fourchette de prix. Le hashtag #mecomprounaobra (« j’achète une œuvre ») est apparu pour motiver les jeunes et les moins jeunes dont le compte bancaire ne comporte pas 6 chiffres et permet d’identifier les pièces les plus accessibles. Vous ne le trouverez pas près de « Nature morte », un Picasso estimé à 2,5 millions d’euros, œuvre la plus chère de l’exposition apportée à ARCO par Leandro Navarro. Les œuvres parées du #mecomprounaobra coûtent moins de 5 000 euros. Une façon d’éviter la crainte de demander le prix dans un lieu comme ARCO.

ARCO loin de ARCO

ARCO ne se limite pas à quatre murs. L’art contemporain se fait sentir dans la ville entière grâce à des expositions dans les galeries et les musées, comme celle de William Kentridge au musée Reina Sofía ou celle de John Akomfrah au Thyssen ou de Doris Salcedo au Palacio de Cristal. La nouvelle édition de JustMad a également lieu en ce moment, la manifestation artistique émergente de Madrid, le festival de l’art urbain contemporain Urvanity Art au COAM, ArtMadrid au Centro Cibeles ou Drawing Room, manifestation consacrée au dessin contemporain. Si vous cherchez à approcher l’intimité des artistes, certains d’entre eux ouvrent ce mois-ci les portes de leur studio lors de l’Open Studio Madrid.

Si vous ne pouvez pas vous rendre à Madrid, il vous reste toujours l’option virtuelle. Rendez-vous sur la plateforme Artsy.net, qui vous permet d’explorer la manifestation et les œuvres exposées. Ça vous dit ?